Voilà plus d’un an que le terme « subprimes » est entré dans le vocabulaire des français tout en restant particulièrement abstrait. Voici qu’aujourd’hui c’est de manière nettement plus concrète que nos concitoyens prennent la mesure d’une crise qu’ils pensaient ne jamais voir arriver jusqu’au pas de leur porte.
Jusqu’à présent, nous n’entendions parler que de chiffres. Les valeurs boursières chutaient puis remontaient avant de sombrer à nouveau. Des courbes et des chiffres, représentant la valeur de nos entreprises mais n’ayant pas, dans l’immédiat, de conséquences sur le quotidien de la grande majorité des français.
Puis vinrent les premières faillites, aux Etats-Unis, de banques victimes de leurs « créances pourries ». En France, où l’activité économique était déjà réduite depuis le début de l’année (en témoigne la faiblesse record de la consommation des ménages durant les dernières vacances d’été), le pessimisme a gagné nos entreprises et ce sont 41300 demandeurs d’emplois supplémentaires qui se sont présentés à l’ANPE en Août (augmentation record depuis 15 ans). Pour la majorité, ce sont les intérimaires, première « variable d’ajustement » de l’emploi, qui en ont fait les frais.
Au fort ralentissement de la consommation vient aujourd’hui s’ajouter un ralentissement inévitable de l’investissement. En effet, le marasme actuel n’est pas favorable à l’emprunt, d’autant plus dans le cadre d’une crise provoquée par des banques souvent coupables d’avoir trop prêté.
Dans le monde entier, c’est aujourd’hui sur la stratégie à adopter que les avis se divisent.
Le gouvernement américain semble avoir choisi la voie de l’interventionnisme avec le plan Paulson de stabilisation de l’économie, visant à réinjecter 700 milliards de dollars dans le système américain. Pour les américains, la méthode n’est pas nouvelle puisque la FED l’a très souvent utilisée, sur des montants restés bien inférieurs.
Cependant, le plan Paulson a déjà été rejeté à deux reprises par les élus du congrès et ce en raison de l’hostilité d’une majorité d’américains pour lesquels le marché doit se réguler par lui même. En effet, beaucoup ne comprennent pas pourquoi les marchés financiers pourraient profiter de leurs beaux jours sans subir les conséquences de leurs excès ou de leurs échecs. Pour ces derniers, si une banque doit faire faillite, c’est qu’elle a nécessairement fait de mauvais choix ou pris de trop gros risques ; alors elle seule doit en assumer les conséquences. La théorie libérale veut qu’à l’issue de la crise, seuls les banques et organismes les plus sérieux aient survécus et récoltent alors les bénéfices de leur solidité. A l’appui de cette théorie, certains économistes rappellent qu’à l’issue de la crise, l’inflation aura cessé et qu’à long terme, le pouvoir d’achat en sortira renforcé pour une nouvelle période de croissance.
En France, le gouvernement semble vouloir agir à l’instar de ses homologues américains. Le Président a tenté de rassurer, dans son discours de Toulon, en affirmant avec vigueur que l’Etat ne laisserait pas tomber les épargnants français. Déjà les premiers actes avec le sauvetage la nuit dernière, du banquier et assureur Dexia, par les gouvernements français et belges. Cependant, cette prise de participation (à hauteur de 53% du capital) est à relativiser dans la mesure où Dexia tient le rôle de caisse des dépôts en Belgique et constitue la principale voie de financement des collectivités locales en France. Dexia gérant donc en majorité des fonds publics, il eut été trop risqué pour la France et la Belgique de la laisser aux lois du libéralisme.
La question se pose alors de savoir que fera la France en cas de menace directe d’une banque gérant des fonds issus de l’épargne privée. Pour beaucoup, la question ne se pose pas dans la mesure où les banques françaises, fortes de leur réseau de détail, ne sont pas directement menacées dans leur existence. Cependant, si ces derniers venaient à se tromper, alors la France devrait choisir entre une intervention coûteuse, artificielle et sans garanties ; ou une passivité libérale laissant le marché s’autoréguler par le biais de faillites, dont beaucoup de particuliers pourraient souffrir. Nul doute qu’en sauvant Dexia, la France a pris un risque, car peu d’épargnants comprendraient alors que l’Etat n’aide pas leur banque si d’aventure elle en avait besoin.
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